jeudi 4 octobre 2007

Revenir



Aller sur mon image en ligne, l'agrandir, clic droit puis copier l'adresse de l'image, retour sur blogger, la troisième icône en partant de la droite, ajouter une image, coller et envoyer l'image.

Petite routine familière qui a fini par me venir naturellement au long de ces quarante trois messages. Et ce soir je les exécute pour la dernière fois.

Il est temps de refermer ce blog. Une page s'est tournée dans notre vie à tous les quatre. Je m'étonne encore un peu moi-même d'avoir entr'ouvert cette fenêtre qui vous a permis de nous accompagner un peu, mais je ne regrette pas de l'avoir fait. Durant ces six semaines, j'ai fait un peu plus de 2000 photos. 300 sont à peu près potables, et sur ce nombre, une toute petite centaine est pas mal. Il y en a même cinq ou six que j'estime assez réussies. Un ratio acceptable finalement.

Bon, je ne vais pas sortir les violons. Je mentirais en disant que j'ai un pincement au cœur en clôturant ce journal de bord. Il a fait ce pour quoi il était destiné, en le parcourant j'en suis assez content, et maintenant la vie va reprendre ses droits, et sa routine. Écrire fait trop partie de ma vie pour que je m'arrête de le faire, et certains d'entre-vous savent où continuer de me lire.

La photo en revanche a pris une place qu'elle n'avait pas. Six semaines durant, j'ai vécu appareil au poing. Je ne sais combien de temps va s'écouler avant que cela ne me manque. Pas longtemps sans doute. J'ai déjà une ou deux idées.

Je vous remercie de nous avoir lu, et je salue ceux qui ont réagit à ce blog, aussi bien dans leurs commentaires, que par mail ou sur flickr.

Lorsque nous sommes partis de Bogota, une dernière visite à FANA nous a fait voir le bonheur à venir de quelques autres parents. La vie trouve son chemin, quoiqu'il arrive. À ceux qui le peuvent, appartient le devoir d'en témoigner.




En espagnol on ne dit pas "adieu", on dit "suerte" !

lundi 1 octobre 2007

Bogota forever



Ayé ! Enfin sur le départ. Demain à cette même heure nous serons en train de survoler l'Atlantique.

Je mentirais en disant que je ne suis pas content de rentrer. Mais évidemment, il y a le petit pincement au cœur. D'autant plus aigu, que je sais que je ne reviendrai pas en Colombie d'ici à plusieurs années. Or quoiqu'il arrive, la Colombie ne sera plus jamais un pays comme les autres pour nous, et évidemment, Bogota, restera la ville où nous avons laissé un peu de nous même.




On se sent forcément un peu concerné par ce pays. Ce pays qui change si vite.

Rien qu'en trois ans, le temps qu'il nous a fallu pour venir chercher nos deux enfants, Bogota nous a surprise. Et avec elle c'est toute la Colombie.

La violence y est moins, bien moins présente. Plus de gardes armés dans les rues des quartiers bourgeois, moins de patrouilles de voltigeurs à motos. Une tension moins perceptible.




La ville n'est plus dangereuse. Enfin... pas plus que bien des grandes villes de pays réputés plus sûrs. Bien moins que Los Angeles par exemple, et à peine plus que Paris.




C'est certainement le symptôme le plus évident de la politique menée depuis six ans par Alvaro Uribe Velez, le très controversé président réélu de la Colombie. En bientôt deux mandats, il a de nouveau assis le pouvoir central dans des régions jusque là largement livrées à elles-même. Les tensions visibles se sont atténuées, notamment grâce au "désarmement" des paramilitaires.




Par ailleurs, la croissance du pays atteint le niveau record de 8%, et l'argent investit à l'étranger revient vite. Des groupes comme Renault ou Carrefour ont fait de la Colombie l'une de leur priorité.




Oui, le pays va mieux. Mais il reste un pur sang qui marche sur trois pattes. 90% du budget est toujours affecté à l'armée, et 10 soldats tombent chaque jour dans cette guerre qui a presque fini par oublier son nom, mais marque la société toute entière de son empreinte.




Loin d'avoir désarmé, les paramilitaires d'extrême-droite, œuvrent toujours dans l'ombre, sous la bénédiction aveugle de certains proches du président (comme le chef des DAS – les très puissants services secrets colombiens –, contraint de démissionner pour avoir livré aux hommes de main de l'AUC, le nom de plusieurs syndicalistes gênants). Des départements, comme le Valle del Cauca, sont toujours le théâtre de luttes armées particulièrement sanglantes entre l'armée, les paramilitaires, deux gangs de narcos et les FARC. Onze députés viennent d'ailleurs de le payer de leurs vies.

La drogue est toujours partie intégrante de l'économie locale. La corruption, même si elle a énormément diminué, reste la norme dans certains coins du pays.




La croissance galopante accentue la paupérisation d'une classe moyenne timide, mais presque unique sur le continent sud-américain. Les écarts de richesse, moins patents ici à Bogota, sont choquants pour les Occidentaux que nous sommes. L'éducation de qualité reste un privilège, et le népotisme des classes dirigeantes est digne d'une république bananière.

Cependant, la Colombie reste un phare en Amérique du Sud. Sa situation est enviable, et son rayonnement indéniable. Et plus que tout, il y a ici une réelle volonté d'en finir avec ce qui a donné au pays cette réputation sordide qu'il a de par le monde.




Témoin, cette volonté affichée de l'administration de mieux gérer ses enfants abandonnés. De ne plus avoir à nécessairement les confier à l'adoption internationale.

Quand je reviendrai en Colombie, nul doute qu'elle aura, encore, changé. Quel visage aura ce pays où sont nés mes deux enfants ? Que découvriront-ils alors ? Un pays qui, quoiqu'il arrive restera le leur, puisque toutes leurs vies, ils conserveront la nationalité colombienne.




Pour la deuxième fois, j'ai passé six semaines ici. J'ai tenté de mieux comprendre ce pays, mais je n'ai fait qu'en effleuré la défloration. Il garde sa part de mystères, d'insolite.

Mon séjour s'achève sur le constat d'un demi échec. Je ne connais sans doute pas mieux la Colombie. Ou à peine. Mais j'ai appris à mieux l'aimer. En tout cas, à m'en sentir un peu le droit. Ce que j'estimais devoir à mon fils et ma fille.

Ce post est le dernier que je rédige ici, en terre de contrastes et de paradoxes. J'y laisse un peu de moi, ce qui est bien la moindre des choses si l'on considère ce que je lui dois.




Je ne mettrai un point final à ce blog que là où je l'ai commencé – c'est à dire en France –, mais d'ores et déjà, avant de m'envoler, j'aimerais adresser un salut tout particulier à :

Michelle, pour son amitié, et pour avoir été là, tout le temps.
Annette, qui a fait bien plus que son travail de guide.
Vilma, Rosita, Rosio et Diana, les filles et piliers du Refugio.
Thierry, de l'Ambassade de France à Bogota, pour m'avoir entr'ouvert les portes de sa Colombie.

Je me dois aussi de mentionner la bière Aguila.

Un clin d'œil aux compadres de voyage, Florent et Laurane.

Une pensée pour les Fred, Nathalie, Laurence, Alexandra, Laurent, Eric, Sylvine, Pascale et Grégoire ; la communauté française des adoptants.

Et puis bien entendu, un merci infini à Mercedes, Florangela, Maria Teresa, Marina, Monica, Helena, et tout le monde à FANA. On vous doit plus qu'on ne pourra jamais vous rendre.


jeudi 27 septembre 2007

D'en haut...



Tout le monde vous le dira, le meilleur point de vue sur Bogota, c'est depuis Monserrate.




Sanctuaire plutôt moche, qui culmine à 3152 m, soit un peu plus de 500 mètres au dessus de la ville.

Toutefois, la montée vaut la peine.




D'une part, parce que les alentours du sanctuaire sont assez jolis. En tout cas reposants.




Ensuite parce que c'est un bon moyen d'échapper quelques minutes à la pollution de Bogota. Là-haut, l'air est indéniablement plus léger. Plus pur.

Perdu dans les eucalyptus géants (oui, parfaitement, à cette altitude), le lieu offre effectivement un panorama grand format de la ville et de l'altiplano sur laquelle elle se trouve.




Quand j'aurais six heures devant moi, je vous ferai un stitch panoramique de dix huit photos, mais là, j'ai la flemme.

Mais surtout, le lieu baigne dans une paix sereine.




Même sans partager leur foi, on comprend aisément ce que les pèlerins viennent chercher ici. Notre écrasante petitesse que l'immensité du ciel nous renvoie, nous aide à nous remettre à notre juste place. Il est facile de s'y perdre, et on pourrait rester des heures, perdu dans les nuages titanesques qui roulent sur le plateau en contrebas, engloutissent les cols, et étendent la perspective vers un fini, barré par la roche.

L'endroit vous apaise. Ça fait du bien.


mercredi 26 septembre 2007

Rock y Roll



Sortie tardive dans la Zona Rosa (quartier branchouille bourgeouille hyper-sécurisé) pour ne pas me jeter à la gorge de quelqu'un d'ici ce soir et lui déchirer la trachée à coups de canines. La vie en semi-collectivité, la bouffe dégueu de la pension et les soirées devant TV5 Monde, ça va deux minutes, mais là, j'ai l'impression que je suis en train de refaire mon service militaire. À deux doigts de descendre à l'armurerie et de refaire une animation de soirée façon Manson Family.

Objectif : le centre commercial Andino (le lieu le plus sûr de Bogota selon l'ambassade U.S), qui héberge un magasin...




Oui ! Un magasin Tower Records. Je suis conscient de la charge émotionnelle que représente ce logo pour tous ceux qui étaient des habitués des Paris-Londres en bus pourris Eurolines, avec descente obligatoire au Tower Records de Picadilly Circus. C'était évidemment avant qu'il ne soit remplacé par un de ces horribles Virgin Megastore.

Mission : trouver un disque de punk colombien pour égayer la programmation musicale de la Salle 101.

Mission quasi impossible quand on ne connaît pas un minimum le marché local, les FM Bogotanos restant consciencieusement dans les sillons bien rectilignes des sentiers archi-rebattus.

Musarder quelques minutes dans le magasin n'a fait qu'augmenter mon désarroi. Le rayon rock en español n'offrait guère que quelques incongruités numériques (comme les Heroes Del Silencio - feu les Pearljam y crouton) et une poignée de machins qui sont au rock hispano (et au rock tout court) ce que la feta Salakis est à la cuisine grècque, genre Shakira ou Manu Chao. Ma mission aurait sans doute été vouée à l'échec sans l'intervention providentielle de...

... Ricardo !

Il m'est apparu alors qu'il venait manifestement de prendre son service. L'œil un peu dans le vague, je lui baragouine ce que je cherche, et impérial, il me fait "Follow me !". Ricardo a une classe tellement folle qu'elle ne trouve guère son équivalent que dans sa coupe de douille. Alors qu'il déambule dans les rayons tel un Travolta dans la scène d'ouverture de La Fièvre du samedi soir, je le vois saluer un collègue en dégainant négligemment son index et son pouce. Il est chez lui ici, et lorsqu'il m'amène devant le rayon Punk, il me déballe quelques disques comme s'il me faisait les honneurs de sa discothèque perso.

Les pochettes putassières des premiers CD qu'ils me montre m'alarment presque autant que les photos d'ados attardés qui figurent sur leurs dos. J'ai droit à quelques pénibles combo de punk à roulettes, une pelletée de sous Sum 41, sautillant d'une joie débilitante que soutient indéfectiblement une consommation de bière étiquettées "light". Lorsqu'il me fait entendre un groupe de skacore risiblement cloné sur ce qui se fait de pire aux U.S dans un genre dénué d'intérêt, j'ôte le casque de l'écoute et lui demande si il n'a rien de plus dur. Et comme il a la classe Ricardo, il s'en va exhumer un CD avec une pochette cradingue. Une photo surcontrastée et mal détourée d'une petite vieille - croisement improbable entre la grand-mère de Titi et Alan Vega - en perf, qui fait un doigt de la main droite et tient une binouse de la gauche. Le fond d'un bordeau moche est balafré sur le haut de trois lettres : I.R.A. Le titre : Chronique d'une décénnie de merde !

Ça sent bon ton affaire, mon canard ! Je me dirige vers la borne d'écoute, et dès les premières mesures (à peine en place, comme il se doit), que ponctuent une batterie qui sonne comme un carton à chapeau, je sais que j'ai trouvé ce qu'il me fallait. Que dis-je "Que j'ai trouvé !" ? Que Ricardo a trouvé ce qu'il me fallait. Je le regarde. "Si... Muy bien !". Il m'en claque cinq, visiblement heureux d'avoir pu vendre autre chose que la sous-merde ambiante du moment.

Pour faire bonne mesure, je repars aussi avec une compile de 66 de Sergio Mendes, dans laquelle il reprend plusieurs morceaux des Beatles. Ce qui fait aussi plaisir à Ricardo. Tellement, qu'il me donne son feu vert pour un portrait souvenir.




Ne vous avais-je pas dit qu'il avait la classe ?

Donc souvenez-vous. Si vous passez par Bogota : Ricardo rules !



lundi 24 septembre 2007

Colombia grafico



OK... rien de spécial (encore !). Enfin si... la sentencia est tombée. Sarah est donc officiellement notre fille. Une dernière batterie de paperasses, et normalement, retour en France au milieu de la semaine prochaine.

Donc comme je n'ai pas grand chose d'autre à dire, quelques clichés pris ici, juste pour la beauté du geste. Pour le plaisir de photographier. Des clichés que j'aime bien, c'est tout.




Prise dans un bazar de communion de San Victorino. Juste pour jouer avec l'ouverture max. Celle-là, elle est pour PAT.








Ces trois-là sont assez classiques dans le genre. Presque des figures imposées, mais on est content de les avoir faites.




Celle-là, pour le côté un peu surréaliste du moment.




Le genre du cliché qu'on essaie en se disant "ça marche, ou pas". Là je trouve que ça marche, mais c'est affaire de goût.




Une sorte de rattrapage. On fait une photo qu'on pense être chouette, et au tirage elle est sans intérêt. Puis, on s'aperçoit, qu'il y a une autre photo dans la photo. Qui parfois est intéressante.






Ces deux-là, c'est en se baladant. On lève la tête, et puis il y a quelque chose. Un truc. Des angles qui se dessinent et qui vous attrapent l'œil. On tourne autour et il n'y a plus rien. Alors on revient à sa place, on essaie de retrouver l'endroit, et on prend. En souvenir. Le résultat est souvent... personnel.




Je n'aime pas trop la photographie animalière, mais là, je trouve le résultat pas mal.




Là, je ne suis même pas vraiment sûr... Dites-moi.

Et puis celle-là. C'est une de mes préférées. Un de ces clichés qui capturent le hasard. Il y a tellement d'impondérables absurdes qui y ont présidés. Une porte qui reste ouverte, un chef de rayon qui a demandé une restructuration hâtive de la vitrine et un vendeur qui a eu le génie esthétique de placer ses bouts de mannequins comme ça (et qui a fait tout le travail). Et puis il y a la voiture qui m'a retardée au moment de traverser, me donnant le temps pour que la porte du parking s'ouvre, et l'ennui qui m'a poussé vers les magasins à ce moment-là.

C'est ça que j'aime vraiment dans la photo. Capturer le hasard. Souvent c'est à l'arrache. One shot, good shot. En espérant que ça marche. Le truc qu'on ramène chez soi, qu'on décharge sur l'ordo comme si on déballait un pirate acheté aux Puces. Et puis on "développe" le fichier, on voit le cliché prendre forme, le hasard se laisser encapsuler et livrer une histoire à lui, définir un univers.

J'ai une photo de ce genre dans mon bureau. C'est PAT qui l'a faite. C'est un dauphin en plastique, du genre de ceux qu'on achète dans les stations balnéaires en guise de boudin pour les gamins. Il est dans une poubelle, abandonné sur le bord d'une route, au pied d'un pilône électrique. On dirait qu'il tente de sauter pour s'en échapper, mais que le couvercle s'est rabattu sur son échine, le brisant dans son élan. Je trouve que cette photo raconte la fin de l'insouciance, de l'été, du bonheur. Je trouve que c'est une photo très belle et très triste aussi. Bien meilleure évidemment que celle-ci, mais je suis content de l'avoir prise tout de même.




dimanche 23 septembre 2007

Niños, niños


Y'a pas, en Colombie ils savent faire des parcs pour enfants.

Tout est pensé pour l'édification de nos têtes blondes. Songez qu'il m'a fallu à moi, attendre près de quarante balais pour voir une reproduction du colosse de Rhodes (ci-dessus).




Mission désennuyage - phase 2 : El parque Jaime Duque. Un truc bizarre, fondé par un ancien pilote d'Avianca au début des années 80. Corolaire d'une fondation destinée à éduquer les enfants défavorisés, le parc rassemble avec un bonheur inégal, chauvinisme baroque...




... un parc zoologique tout ce qu'il y a d'honorable, eût égard aux moyens assez réduits du parc...




... et un gigantisme kitchos qui clame avec un tantinet d'ostentation qu'en Colombie, on a de la place.




Ambiance qui frise le n'importe quoi, mais avec une indéniable sincérité dans les intentions. Bien loin d'un strict mercantilisme à la Disney.




Certaines attractions évoquent ces pontons anglais des années 70. Un peu cheap, un peu ringue, mais touchant.

Et puis surtout, les enfants s'y amusent. Simplement. C'est déjà pas mal, non ?


samedi 22 septembre 2007

Long



Rien de spécial. Ça tire en longueur et les patiences s'usent.

Du coup, parc d'attraction aujourd'hui, pour désennuyer le nain, qui ne partage pas ma curiosité pour la Colombie.




Les guéguerres administratives nous rallongent le délai d'attente du jugement de plusieurs jours.

Une fois ce dernier rendu, c'est avec les formalités (largement inutiles) exigées par la France que nous allons perdre une autre semaine.

Résultat les nerfs s'échauffent, les passions s'exacerbent. On ronge son frein...

Le jeu en vaut la chandelle, mais la dernière ligne droite est difficile à négocier.


vendredi 21 septembre 2007

Gente



Sorti le 135 aujourd'hui. Idéal pour le tireur embusqué.

Juste envie de faire quelques clichés des gens qu'on croise dans la rue.

Beaucoup de métissages ici (plus de 70% de la population).




Toutefois comme dans tous les pays métissés (et c'est surtout vrai ici, à Bogota), il y a une sorte de hiérarchie raciale informelle, largement déterminée par la couleur de peau.

Comme souvent, plus on grimpe dans l'échelle sociale, plus les gens sont – généralement – clairs de peau. Si haut, le sang des conquistadors s'est moins dilué.




À l'inverse, beaucoup des enfants de la FANA sont très typés indiens.




Peu de noirs à Bogota. Les Caraïbes y émigrent assez peu, échaudés par la réputation de racisme de la ville.



Il est vrai qu'on y entend des choses... insolites, dirons-nous.




Comme cette dame très comme il faut qui lâche tout à trac qu'ici les noirs sont beaux, à cause du métissage ; que ce n'est pas comme aux États-Unis, où ils ressemblent à des singes.




Et tout en bas, tout en bas, après les noirs, on trouve les Indiens pur souche. La Colombie n'a jamais été tendre avec ces populations natives. L'Inquisition ne les a pas épargnés, mais l'actuel gouvernement ne les porte pas dans son cœur. Au point qu'en septembre 2004, 70 000 indiens ont rejoint Cali pour manifester au président Uribe, leur mécontentement. Embarrassant pour celui que le Jewih American Comitee a honoré du titre de Juste parmi les Nations, notamment parce qu'il est "un fervent défenseur de la dignité et de la condition humaine en Colombie et dans les Amériques."




jeudi 20 septembre 2007

L'état des arts



Aujourd'hui, après un excellent déjeuner dans un resto jadis fréquenté par la Mano Negra et tenu par Philippe, un Savoyard installé ici depuis plus de vingt ans, balade avec Michelle dans la Candeleria, le plus vieux quartier de Bogota.





Ça grimpe bien...




mais quand on est dans le bon sens, ça laisse plus d'air pour parler...




...d'art notamment. Sujet que Michelle, ancienne étudiante des Beaux-Arts, connaît bien.

La promenade s'y prête. Dans ce secteur populaire de Bogota, où transitent chaque jour plus d'un million et demi de personnes, l'atmosphère est chaleureuse. Elle enclin à la bonne humeur.




Le quartier est fréquenté par beaucoup de jeunes. D'une part parce qu'il est bordé par plusieurs universités, et d'autre part, parce qu'il est un des centres culturels les plus actifs de la ville. S'y trouve tout d'abord le musée Botero.

Tout le monde connaît ces tableaux lassants de grosses bonnes femmes, qu'on voit partout ici. La partie du musée qui lui est réservée laisse l'impression désagréable de visiter un salon de couvercles de boîtes de crottes en chocolat. Incontournable, mais dispensable.

En revanche, sa collection privée, dont il a fait don à l'état, est impressionnante. Toute sa vie, Botero a échangé des œuvres avec certains de ses contemporains. Ainsi, en dehors de quelques toiles impressionnistes achetées, y trouve-t-on des tableaux signés Picasso, Bacon ou Miro, des mobiles de Calder, des bronzes de Giacometti, etc...




C'est dans la Candeleria que se trouve aussi la Bibliothèque Luis Angel Arango, la plus grande d'Amérique du Sud. Assez paradoxal, lorsqu'on sait que l'édition est, en Colombie, un secteur sinistré. Les livres y coûtent horriblement cher. Il n'y a, il est vrai, pratiquement aucun éditeurs nationaux, et le marché est laissé à des groupes argentins, mexicains ou chiliens. Pour le reste, les traductions sont souvent bâclées ou pire, achetées en seconde main en Espagne, et donc illisibles, truffées de colloquialismes incompréhensibles pour les Sud-américains.

En revanche, au niveau des Arts Plastiques, la Colombie n'est pas en reste.




C'est, bizarrement, à la Casa de la moneda (l'équivalent de l'Hotel de la Monnaie à Paris), qu'il faut se rendre pour découvrir l'une des plus intéressantes collections d'art contemporain du pays. Cela s'explique par le fait que jusqu'à très récemment, les prix dont était dotés les artistes, étaient alimentées par la Casa, qui, en échange, gardait l'œuvre récompensée.

Si certaines sont assez anodines, on en trouve de remarquables. Beaucoup tournent autour du conflit qui marque la Colombie depuis près de cinquante ans. Elles évoquent la violence, la disparition, la mort.

Certaines toutefois sont plus légères, comme celles de Juan Camillo Uribe.




Cette pièce par exemple, est remplie de ces petites visionneuses qu'on vend ici aux touristes et au fond desquels on glisse une diapo d'eux, en souvenir.




Celles-ci laissent apercevoir des clichés fait par Uribe, et qui peuvent représenter tout et n'importe quoi. Au visiteur de trouver son chemin dans la forêt de fils pendus au plafond et de se laisser aller à la joie enfantine de glisser un œil où bon lui semble.

Uribe est aussi un artiste obsessionnel. Marqué par son éducation religieuse, il s'amuse à détourner l'iconographie latino, pour la démystifier.




Art ludique et gentiment irrévérencieux, c'est une autre des facettes de cette scène artistique colombienne, qui gagnerait à mieux se faire connaître.




La promenade s'achève sur la place Simon Bolivar, close au sud par le palais présidentiel. Le temps d'y attraper un taxi qui va nous déverser dans les oreilles la soupe habituelle de la FM. Elle est ici sensiblement pire que chez nous (c'est peu dire !). Le marché de la musique tourne en circuit fermé. Sorti du folklore et de la colle variétoche, difficile de faire son trou si on ne fait pas de la muzak ou de la reprise en espagnol de tubes saugrenus. Ainsi depuis le début de séjour me suis-je vu infliger une cover de Hotel California, de Voyage, Voyage (hé ouais...) et de Besame Mucho (qui depuis 40 ans, est l'indétrônable numéro 2 au top des musiques d'ascenceurs juste derrière Girls from Ipanema).

Grande tendance du moment pour le jeune, le reggeatone. Un truc genre ska-reggae, mais en plus irritant.

À propos... vous savez ce que dit un rasta quand il n'a plus rien à fumer ?

... non ?

"C'est quoi cette musique de merde !!!"

OK, je sors.






mercredi 19 septembre 2007

Ce soir, relâche...



... je bulle !


mardi 18 septembre 2007

La Violencia



Voilà peut-être l'une des clefs essentielles pour comprendre (un peu) la Colombie.




Depuis l'indépendance, la vie politique du pays est cadencée par le conflit qui oppose les deux factions historiques, l'une conservatrice et catholique, inspirée par Bolivar (premier président de la République colombienne), l'autre libérale et laïque, portée par les partisans de son premier vice-président (et successeur) Francisco de Paula Santander.




De 1840, date de la mort de ce dernier, à 1978, il n'y aura de place dans le pays pour aucune autre formation politique. Un tel système n'a pu se péréniser sur la seconde moitié du XXème siècle, qu'à cause de la Violencia.




C'est l'assassinat à Bogota, le 9 avril 1948, de Jorge Eliécer Gaitán, le leader libéral, qui va mettre le feu aux poudres. Immédiatement, des émeutes sanglantes éclatent dans la ville. La répression organisée par les conservateurs au pouvoir, va rapidement radicaliser le conflit, qui dégénère en une guerre civile dévastatrice qui durera près de dix ans : La Violencia.

Lugubre dénomination, pour un conflit qui va faire quelques 300 000 victimes, et qui, après un intermède militaire, ne prendra fin qu'en 1957, par l'instauration du Front National.

Enfin décidé à mettre un terme à ce bain de sang généralisé, Conservateurs et Libéraux, vont trouver un accord ubuesque : se partager le pouvoir dans une stricte alternance de quatre années, jusqu'en 1978.




Et de fait, alors que ses voisins (Chili, Argentine, Bolivie...) tombaient un à un sous le joug des dictatures militaires, la Colombie a pu ainsi stabiliser son régime et son économie. Mais, effet pervers, durant vingt ans, le Front National a permis la création d'une élite dirigeante ultra-fermée, népotique, qui se cooptait dans un système quasi dynastique.

Surtout, en ne laissant aucune place pour d'autres formations politiques, le Front National a été plus ou moins directement à l'origine de la fondation des groupes terroristes d'extrême-gauche, dont les FARC-EP (Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia – Ejército del Pueblo, pour Forces armées révolutionnaires de Colombie - armée du peuple) sont les derniers survivants.




De 78 à 91, la Colombie traverse une crise grave du pouvoir qui ne se résolvera que dans l'adoption d'une nouvelle constitution largement progressiste, qui permettra à de nombreux groupes armés de démobiliser et de rejoindre le jeu politique. Une solution que refuseront les FARC, en dépit de l'offre du Président Pastrana, qui leur concède une zone démilitarisée.

Aujourd'hui, la guérilla est une épine dans le pied du pouvoir en place. Même si, avec l'aide militaire des États-Unis, le gouvernement d'Alvaro Uribe , a su renforcer l'assise du pouvoir central, les FARC lui mènent toujours la vie dure. Ils n'ont évidemment plus rien à voir avec le mouvement de guerilla rurale des années 60. Ce ne sont plus, aujourd'hui, et ce en dépit des déclarations de leur chef Raul Reyes, qu'une bande de narcotrafiquants qui ne se soucient guère des populations rurales qu'ils prétendaient défendre à leur création en 1964.

Pour une iconographie pertinente de cette zone sous contrôle des FARC, je vous renvoie à la très belle série de clichés, déjà évoquée, et réalisée par Martin Barzilai, intitulée Massif colombien.




L'une de leurs revendications, notamment, concerne l'obtention d'une zone franche dans le département de Valle del Cauca, où ils font régner la terreur. Son principal intérêt est qu'elle est à la jonction de la cordillère occidentale – celle où se trouve Cali –, et de la cordillère centrale. C'est le point de contrôle d'une vallée qui constitue une des routes de sortie de la cocaïne.

Inacceptable pour Alvaro Uribe, dont il convient de préciser qu'il est largement soupçonné de collusion avec les paramilitaires – grosso modo le pendant d'extrême droite des FARC –. Rien n'a jamais été prouvé, mais nombre de ses plus porches partisans ont eu à rendre des comptes à la justice dans ce sens.




Ce conflit qui dure donc depuis 50 ans, l'ambiance nettement délétère de la vie politique du pays, des pratiques largement discutables dans l'usage du pouvoir, comme certaines prérogatives régaliennes que le président s'est arrogées (ainsi la modification de la constitution qu'il s'est offerte par voix de référendum pour se faire élire une deuxième fois, et qu'il projette de réitérer pour briguer un troisième mandat), sont autant de freins, non pas au développement de la Colombie, comme on l'a vu, mais qui procède d'un esprit quasi féodal. Pas si éloigné que ça, finalement, du schéma historique des sociétés coloniales.

En dépit de cela, on ne peut s'empêcher de ce demander ce que serait ce pays, sans ce handicap, assainit de ces pratiques et ayant crevé l'abcès de violence qui plombe son histoire.


lundi 17 septembre 2007

Au quotidien



Voilà trente cinq ans que la FANA existe. Aujourd'hui située dans le quartier populaire de Suba. Pas vraiment un endroit pauvre. Disons plutôt une sorte d'équivalent local d'un Aubervilliers.




Trente-cinq années, et des centaines de milliers de familles de par le monde, qui témoignent de leur attachement au lieu, dans un insolite hall of fame, où le goût le plus affreusement douteux va de paire avec une sincérité touchante.

Et il est vrai qu'on laisse un peu de nous là-bas. Tout comme, vous l'aurez sans doute compris, la Colombie, à jamais, restera un pays à part pour nous.




Au quotidien, un orphelinat est un monstre à nourrir, largement financé (presque exclusivement en fait), par les dons des associations de parents adoptants.

C'est bien-sûr suivre et s'occuper des enfants. Depuis leur naissance, parfois.




Jusqu'à ce qu'ils s'en aille vers d'autres pays. D'autres bras...




Mais entretemps, c'est leur donner un foyer qu'ils savent devoir quitter un jour. C'est les aimer du mieux possible, sans les laisser s'attacher. C'est les éveiller, et leur donner le meilleur départ possible dans la vie. Et parfois aussi, c'est panser les plaies.




C'est pourquoi, en dépit du côté insupportablement adolescent post-rimbaldien d'une figure de style telle que l'oxymore, c'est presque une triste joie que l'on ressent ici. Partagée entre le bonheur des enfants, et le nécessaire provisoire de ce qui est, pour certains, le premier hâvre de paix qu'ils connaissent.




C'est un drôle de lieu, où l'on vient heureux et dont on repart étrangement grave. Un lieu d'immenses joies passées, dont les fumerolles hantent encore les couloirs, et vous remplissent d'une sorte de langueur.

J'ai fait visiter ce matin à Elias, certains des endroits où il a été durant son bref séjour ici. Sensation presque schizophrène, que de revoir mon fils, revenu là. Et je me demande, évidemment, ce qu'il en est pour lui dans sa caboche de gamin de quatre ans ?


dimanche 16 septembre 2007

Compleaños Feliz



Aujourd'hui, mon fils a quatre ans. Ça occupe bien la journée.

L'occasion qui ne se représentera sans doute pas de si tôt pour lui, de fêter son anniversaire sur la terre qui l'a vu naître.

Du coup, sacrifice obligé aux coutumes locales : piñata, gros goûter plus ou moins improvisé avec tous les enfants de l'hotel et ceux de Michelle.

Thématique Spiderman. Qui a mangé chaud...




... avant de finalement se faire fumer.




Hey... fumer Spidey, y'a de quoi baronner !





Beau temps, on a pu faire ça dehors. Tant mieux, parce que ce matin, il faisait un temps à ne pas mettre un chien dehors...





En dehors de ça, l'assimilation frère-sœur se poursuit sans problème...



vendredi 14 septembre 2007

Jusqu'au bout !



Dernière journée à Cathagène.

Bon... OK, je déteste pas tant que ça finalement. La ville a un certain charme, il faut l'admettre, tout comme le Carribean Way of Life.



Reste bien sûr la chaleur accablante. Moite et poisseuse. La bonhommie vénale des gens est particulièrement irritante. Mais, il est vrai que la misère, même au soleil, pousse partout aux mêmes extrémités.




Cela bien que nous n'ayons vu durant notre (bref) séjour, aucune manifestation d'indigence totale. Seulement cette pauvreté persistante, mal endémique de cette Colombie qui affiche pourtant crânement sa réussite, et qu'il est bien plus commode de ne pas guérir tant que la pression populaire ne l'exige pas plus que cela.




En cela, l'instruction est le point focal du problème. Ici, l'école publique existe, bien évidemment, mais son niveau est tel, que tout le monde essaie d'envoyer ses enfants dans les écoles privées. L'éventail est large, et chacun tente de grapiller une ou deux chances de plus pour ses enfants. Le fossé est là toutefois. Presque personne ne parle anglais, par exemple. Dans une ville qui vit à 90% du tourisme, c'est insolite.

Pas même le... mais oui...




... le cocher de la calèche que nous avons prise pour un tour de ville nocturne. Je vous l'avais dit : dissolution complète dans le néant touristique.




Une petite semaine au soleil des Caraïbes qui s'achève donc demain midi, pour un retour à Bogota. Le gap promet d'être important, tant l'impression d'avoir visiter un autre pays est patente. Même les visages que l'on croise dans la rue sont si différents.




Ici, l'échelle inavouée des métissages fréquentables n'a plus court. Obligé.




Presque l'histoire d'un autre peuple au fond, même si tous croient en le même dieu.




Encore qu'en Colombie, l'église catholique perde quotidiennement des fidèles, au profit de mouvements charismatiques, tels que les adventistes, pentecôtistes, etc..., plus proches des préoccupations des Colombiens. Charnelles notamment. Après tout nous sommes payés pour savoir quelles sont certaines des conséquences des commandements de Rome sur le quotidien des plus défavorisés d'entre-eux.




Ce soir l'orage a éclaté au-dessus de la mer, sous un ciel indigo profond. Le vent, venu de la mer des Caraïbes, secouait le plumeau émeraude des cocotiers qui dominent le paseo de la plage d'une bonne trentaine de mètres.




La nature ici demeure prodigue, offre fruits et poissons en abondance aux locaux, comme aux pauvres crétins de touristes venus de l'autre côté de l'Atlantique. Une fois encore nous avons pris ce que ce pays a bien voulu nous donner, essayons donc de lui rendre un peu. Au moins l'hommage qu'il mérite.

jeudi 13 septembre 2007

Islas



Balade dans les îles. Celles du Rosaire, au large de Carthagène. Vue imprenable sur Bocagrande skyline. Je vous avais dit que c'était moche !




Stop dans un aquarium, avec des vrais morceaux de requins dedans. L'impression d'être James Bond dans Opération Tonnerre.




Bon... l'attaque est impressionnante, mais les bestiaux inoffensifs. Enfin, ceux-là le sont...




... lui, c'est autre chose.




Évidemment, il y a des tortues aussi. Au passage, rappelons que la Colombie a la deuxième biodiversité du monde. Elle est l'un des spots favoris des chasseurs de plantes qui bossent pour les labos pharmaceutiques et les fabricants de cosmétiques.




Ensuite, re-bateau, et escale sous la pluie (les losers...) pour un repas frugale dans la forêt.




Poisson et, pour changer, riz. Le tout sous des pagodes avec des corniauds faméliques qui, tout comme les locaux, viennent botiner le touriste.




Pour un peu j'aurais presque l'impression d'être Ingrid Bettancourt dans Par où t'es rentré, on t'as pas vu sortir.




Ensuite, la plage. De sable blanc. Du coup, les gens du cru l'ont appelée Playa Blanca. Pas bête.




Et enfin, retour. Au couchant comme il se doit.




Fin de l'épisode. Il ne s'est pas passé grand chose, mais au final, on a plutôt bien rigolé.


mercredi 12 septembre 2007

Olà señor !



Je me dois de vous annoncer ma dissolution complète dans le néant touristique, où l'on n'est plus rien qu'une statistique, qu'un potentiel d'apport de devises. Ma vie même s'est oubliée loin de tout sens, et ne se cadence plus qu'en ploufs chlorés, et gling, gling alcoolisés.





Je ne suis plus. En tout cas plus moi-même... mais bon...

Ce qui me rassure, c'est que je ne suis pas le seul à paresser ici.




Pour le reste... et bien, je ne sais pas ce que l'auteur de ce blog en aurait pensé, mais moi ce que je peux vous dire, c'est que la Caipirhiña est drôlement pas chère. En fait, dangereusement pas chère.




C'est folklore...




... détérioration de la biodiversité locale...




... rappels incessants que nous vivons dans un monde de communications...

... et surprise par la beauté des caprices du lieu.




Bref... je suis touriste.

Je me déçois.... bon sang ce que je me déçois.

mardi 11 septembre 2007

Caribe



OK... troisième jour, et je me suis un peu réconcilié avec les Caraïbes. À condition d'adopter le mode de survie adequat, et d'assumer sa condition de touriste de base.




En deux mots, piscine, clim' et sieste jusqu'à 15h, et ensuite sortie de deux heures dans la fournaise, pour revenir se baquer une petite heure avant le dîner. La tenue doit s'adapter aussi, mais comme je sais que des collègues me lisent, je ne rentre pas dans les détails, histoire de ne pas casser mon image au boulot. Maintenant, je les connais, ils ont mauvais fond, et je sais qu'il sont déjà en train de m'imaginer en tongs et short. C'est le moment d'ajouter que ce midi, sur ma chaise longue, pendant que je regardais les cocotiers et les palétuviers des jardins de l'hotel, une pensée émue pour mes petits camarades en train de travailler a joué un rôle certain dans ma réconciliation avec les Caraïbes.




En revanche, je n'aime toujours pas la ville, ni cette habitude qu'ont les gens ici de t'alpaguer pour un oui, pour un non. Même les chauffeurs de taxi montent aux asperges quand ils te croisent dans la rue.




Ensuite, la vieille ville est jolie...




... ça, on ne peut pas dire le contraire. Elle peut même être étrange, de par les brusques cassures de niveaux de vie qui affleurent sur les murs.




Quelques dizaines de mètres à peine séparent ces deux photos. Mais il est bien difficile de se départir de cette désagréable impression qu'on attend trop le pigeon à Cathagène.




Et comme ce n'est pas spécialement dans la nature des Bogotanos, ça fait bizarre. Peut-être aussi qu'une ville comme Bogota, pour bien différente qu'elle soit, reste sans doute plus facilement lisible au citadin que je suis que ne l'est Carthagène, à mi-chemin entre authenticité et Luna Park bidon.

Reste que je suis tout de même content d'avoir vu un autre visage de la Colombie, d'autres métissages, qui me rappellent furieusement ceux de mon fils, qui fait, décidément, très couleur locale ici.




P.S : Et puisque l'un d'entre-eux s'est manifesté par le biais d'un commentaire sur mon post précédent, si vous aimez les photos, deux éminents photographes (des vrais, eux), interviennent parfois sur ce blog. Allez donc voir leurs sites. Celui de Alain G., brillant photographe de concert, mais aussi street photographer inspiré, et celui de Patrick Imbert, portraitiste ultra-talentueux, et auteur de la célébrissime série, La Terre vue du sol.

lundi 10 septembre 2007

Cartagena de Indias



Je déteste.

Sommes arrivés à Carthagène pour un séjour de six jours. Nous logeons à l'hotel Carribe, palace pour vieux colombianios con mucho diñero.
Comment mieux vous le décrire qu'en vous demandant d'imaginer que le Pacific Princess de "La croisière s'amuse" s'est échoué ici, et a enflé jusqu'à trois mille chambres et quelques. Un mélange de classe coloniale et de toc en stuc.




Il règne sinon, une chaleur abjecte. Un taux d'humidité dans l'atmosphère qui vous maintient dans une moiteur poisseuse particulièrement pénible. Le soleil délave le ciel et la lumière est trop dure pour de bonnes photos. Je me claquemure sous les bouches à clim' de l'hotel, me trempe le cul dans la piscine et m'imbibe de bières glacées. Il n'y a que ça à faire. Et comme Internet n'est pas en libre accès, je me sens un peu oppressé. Sale temps pour les nerds !




Comme je ne sens ni la ville, ni les gens, il est probable que les rares prochains posts ne soient guère bavards. Le lieu ne m'intéresse pas vraiment. Il y aura sans doute quelques clichés pour alimenter le blog. C'est notamment le coin des pélicans. Qui ont l'air d'être les représentants les moins collants de la faune locale.

Côté syndicat d'initiative, il y a la vieille ville, pour moitié restaurée et qui est une sorte de Candelaria en couleurs, où le moindre mec qui transpire est marqué pigeon pour des vendeurs à la colpo particulièrement insupportables et insistants. Même dans le souk de Marrakech, les vendeurs sont moins lourdingues.




Quant aux autres coins, c'est misère au soleil des Caraïbes.




Pour le reste – comme le quartier de Bocagrande, où nous logeons (comme 99.99% des touristes) – la ville est un exemple parfait d'architecture vulgo-littorale. À la fois tape-à-l'œil et sans style.

Il va sans dire que seule la vieille ville mérite un minimum d'attention, mais faire des photos de cartes postales m'emmerde. Allez sur flickr, tapez "Cartagena", et vous en aurez à la pelle. Même ma mère ne pourrait pas rater sa photo mucho typico ici.




Je pense que ce qui me gêne le plus c'est qu'à Bogota, je suis un étranger, mais qu'ici, à Carthagène, je suis un touriste. Et qui plus est un touriste, avec tout ce que ça implique de pigeonable pour le local moyen, qui ne manque jamais d'essayer de nous gruger à un moment ou à un autre.




Alors, ouais, je sais ce que vous vous dites... "Quel trou du cul de se plaindre ! Il est dans un palace aux Caraïbes, pendant que nous, on attaque tout juste la rentrée."
Hé ben, disons que c'est ça, ma définition du luxe.

Bon... allez... cinq jours avant notre retour à Bogota. See you then !


samedi 8 septembre 2007

La rue



Un poème ici. Un genre d'expérience. En dépit d'un plan en damier qui laisserait supposer une certaine rigueur, c'est le bordel.

En haut tout d'abord, avec cet enchevêtrement déraisonnable de câbles, qui découpe le ciel en tranches.




En baissant les yeux d'un cran, ce sont les mesures de protections qui frappent.




Pas vraiment que Bogota soit une ville dangereuse. En fait, elle ne l'est pas beaucoup plus que Paris, mais elle l'a longtemps été, et les vieux réflexes ont la vie dure. Il n'est donc pas rare d'y voir des avertissements de sécurité inquiétants, surtout chez les particuliers.

Toutefois, à trop lever la tête, on s'expose ici, à de sérieux risques.




Les trottoirs sont d'une rusticité qui ferait reculer un sapeur bosniaque, et les pratiquer avec une poussette s'apparente à la pratique d'un sport d'endurance quelconque. Sport qui rentre en concurrence avec l'un des favoris des Bogotanos les moins fortunés : le déboulonnage de plaque d'égoût, qu'ils refondent pour la revendre en lingots de fonte (généralement à la municipalité qui en a besoin pour remplacer les plaques d'égoûts qu'on lui vole). De fait, une faute d'inattention peut facilement vous coûter un genou.




L'entretien de la voirie est quant à lui assez épisodique, les ordures étant d'abord visitée par les recycleurs.




Ils arpentent la ville, principalement les quartiers chics, tirant leurs charrettes à bras. Les plus entreprenants s'y collant avec des carrioles de fortune tirées par des carnes usées.

Les recycleurs ne sont pas les seuls à arpenter le pavé de Bogota. Une foule de colporteurs s'y disputent le chaland.




Que ça soit aux carrefours, ou entre les files de voitures, aux feux rouges...




On peut tout acheter dans la rue en Colombie. Jouets, chargeurs de téléphones, tapis de douches, parapluies (utile le parapluie à Bogota), bois de chauffage, cigarettes à l'unité, même les derniers best sellers – généralement photocopiés à la va-vite et auxquels il n'est pas rare qu'il manque les derniers chapitres –, et puis bien-sûr, il y a de la nourriture...




Au milieu de ça, ces fameux taxis jaunes, dont je vous avais déjà parlé, et les bus...




Pittoresques antiquités qui parcourent la ville Nord-Sud, en attendant que le tout nouveau Transmilenio ne les supplante, ils sont responsables d'une part non négligeable de la pollution de Bogota. Pas d'arrêts, pas de cartes oranges. On fait signe quand on veut les prendre, et le chauffeur s'arrête si il a encore de la place. On paye cash. Ces bus appartiennent à de grosses compagnies privées qui obtiennent des concessions sur des lignes données.





Aussi hauts en couleurs qu'en taux d'oxyde de carbone rejetés dans l'atmosphère, ils ne vont pas disparaître avec l'arrivée de l'ultra-moderne Transmilenio, mais simplement assurer les transports Est-Ouest. Pas de raison que ça soit toujours aux même de trinquer.

Mais il y a une chose que Bogota a pour elle : une lumière incroyable. Nous sommes en montagne d'une part, mais aussi proches de l'équateur. Il en résulte une lumière qui peut être magnifique, chaude. L'heure magique des photographes, avant le coucher du soleil, déverse un déluge d'or chaud sur la ville. Un authentique supplice si vous avez oublié votre appareil...


vendredi 7 septembre 2007

Les enfants de FANA



Sans vouloir faire dans la guimauve, quelques photos de cette fameuse petite fête que nous avons organisée pour les enfants de la FANA.




Dix-neuf enfants, pas tous adoptables, vivent en ce moment à l'orphelinat.




Ils y sont entourés, choyés, et aimés. Juste ce qu'il faut, pour que leur départ prévisible ne soit pas un déchirement. Travail ingrat des femmes qui gèrent au quotidien cette marmaille dont la vie est rythmée par les petits drames d'amitiés forcément trop éphémères.




Mais aujourd'hui, c'est jour de fête. Un peu, quoi... Le temps de décorer le réfectoire avec ce que nous avions acheté l'autre jour à San Victorino, et les enfants débarquaient.




FANA est à Suba, un quartier populaire, néanmoins en cours de réhabilitation (comme en témoignent les immeubles qui s'y construisent). Même si tous les enfants ne sont pas de Suba, leurs histoires présentent toutes d'obligatoires similarités, où seuls les degrés de pauvreté, d'acharnement de destin et parfois aussi de bêtise, changent.




Les enfants qui passent par la FANA n'y restent pas, mais toutes les personnes là-bas font ce qu'il faut pour rendre leur séjour le plus agréable, et le moins traumatisant possible.




Aujourd'hui, avec deux autres familles, nous avons essayé d'apporter notre petite contribution.




Et lorsque je vous parlais l'autre jour du funeste destin qui attendait les deux piñatas que nous avions achetés, ce n'était pas qu'une simple figure de style.




Shreck surtout, a mangé chaud...




L'occasion de se rappeler que l'enfant est une engeance dangereuse...




... et super matérialiste.




Mais pour une fois que ceux-là ont l'occasion de l'être, on ne va pas les en blâmer...