samedi 22 septembre 2007

Long



Rien de spécial. Ça tire en longueur et les patiences s'usent.

Du coup, parc d'attraction aujourd'hui, pour désennuyer le nain, qui ne partage pas ma curiosité pour la Colombie.




Les guéguerres administratives nous rallongent le délai d'attente du jugement de plusieurs jours.

Une fois ce dernier rendu, c'est avec les formalités (largement inutiles) exigées par la France que nous allons perdre une autre semaine.

Résultat les nerfs s'échauffent, les passions s'exacerbent. On ronge son frein...

Le jeu en vaut la chandelle, mais la dernière ligne droite est difficile à négocier.


vendredi 21 septembre 2007

Gente



Sorti le 135 aujourd'hui. Idéal pour le tireur embusqué.

Juste envie de faire quelques clichés des gens qu'on croise dans la rue.

Beaucoup de métissages ici (plus de 70% de la population).




Toutefois comme dans tous les pays métissés (et c'est surtout vrai ici, à Bogota), il y a une sorte de hiérarchie raciale informelle, largement déterminée par la couleur de peau.

Comme souvent, plus on grimpe dans l'échelle sociale, plus les gens sont – généralement – clairs de peau. Si haut, le sang des conquistadors s'est moins dilué.




À l'inverse, beaucoup des enfants de la FANA sont très typés indiens.




Peu de noirs à Bogota. Les Caraïbes y émigrent assez peu, échaudés par la réputation de racisme de la ville.



Il est vrai qu'on y entend des choses... insolites, dirons-nous.




Comme cette dame très comme il faut qui lâche tout à trac qu'ici les noirs sont beaux, à cause du métissage ; que ce n'est pas comme aux États-Unis, où ils ressemblent à des singes.




Et tout en bas, tout en bas, après les noirs, on trouve les Indiens pur souche. La Colombie n'a jamais été tendre avec ces populations natives. L'Inquisition ne les a pas épargnés, mais l'actuel gouvernement ne les porte pas dans son cœur. Au point qu'en septembre 2004, 70 000 indiens ont rejoint Cali pour manifester au président Uribe, leur mécontentement. Embarrassant pour celui que le Jewih American Comitee a honoré du titre de Juste parmi les Nations, notamment parce qu'il est "un fervent défenseur de la dignité et de la condition humaine en Colombie et dans les Amériques."




jeudi 20 septembre 2007

L'état des arts



Aujourd'hui, après un excellent déjeuner dans un resto jadis fréquenté par la Mano Negra et tenu par Philippe, un Savoyard installé ici depuis plus de vingt ans, balade avec Michelle dans la Candeleria, le plus vieux quartier de Bogota.





Ça grimpe bien...




mais quand on est dans le bon sens, ça laisse plus d'air pour parler...




...d'art notamment. Sujet que Michelle, ancienne étudiante des Beaux-Arts, connaît bien.

La promenade s'y prête. Dans ce secteur populaire de Bogota, où transitent chaque jour plus d'un million et demi de personnes, l'atmosphère est chaleureuse. Elle enclin à la bonne humeur.




Le quartier est fréquenté par beaucoup de jeunes. D'une part parce qu'il est bordé par plusieurs universités, et d'autre part, parce qu'il est un des centres culturels les plus actifs de la ville. S'y trouve tout d'abord le musée Botero.

Tout le monde connaît ces tableaux lassants de grosses bonnes femmes, qu'on voit partout ici. La partie du musée qui lui est réservée laisse l'impression désagréable de visiter un salon de couvercles de boîtes de crottes en chocolat. Incontournable, mais dispensable.

En revanche, sa collection privée, dont il a fait don à l'état, est impressionnante. Toute sa vie, Botero a échangé des œuvres avec certains de ses contemporains. Ainsi, en dehors de quelques toiles impressionnistes achetées, y trouve-t-on des tableaux signés Picasso, Bacon ou Miro, des mobiles de Calder, des bronzes de Giacometti, etc...




C'est dans la Candeleria que se trouve aussi la Bibliothèque Luis Angel Arango, la plus grande d'Amérique du Sud. Assez paradoxal, lorsqu'on sait que l'édition est, en Colombie, un secteur sinistré. Les livres y coûtent horriblement cher. Il n'y a, il est vrai, pratiquement aucun éditeurs nationaux, et le marché est laissé à des groupes argentins, mexicains ou chiliens. Pour le reste, les traductions sont souvent bâclées ou pire, achetées en seconde main en Espagne, et donc illisibles, truffées de colloquialismes incompréhensibles pour les Sud-américains.

En revanche, au niveau des Arts Plastiques, la Colombie n'est pas en reste.




C'est, bizarrement, à la Casa de la moneda (l'équivalent de l'Hotel de la Monnaie à Paris), qu'il faut se rendre pour découvrir l'une des plus intéressantes collections d'art contemporain du pays. Cela s'explique par le fait que jusqu'à très récemment, les prix dont était dotés les artistes, étaient alimentées par la Casa, qui, en échange, gardait l'œuvre récompensée.

Si certaines sont assez anodines, on en trouve de remarquables. Beaucoup tournent autour du conflit qui marque la Colombie depuis près de cinquante ans. Elles évoquent la violence, la disparition, la mort.

Certaines toutefois sont plus légères, comme celles de Juan Camillo Uribe.




Cette pièce par exemple, est remplie de ces petites visionneuses qu'on vend ici aux touristes et au fond desquels on glisse une diapo d'eux, en souvenir.




Celles-ci laissent apercevoir des clichés fait par Uribe, et qui peuvent représenter tout et n'importe quoi. Au visiteur de trouver son chemin dans la forêt de fils pendus au plafond et de se laisser aller à la joie enfantine de glisser un œil où bon lui semble.

Uribe est aussi un artiste obsessionnel. Marqué par son éducation religieuse, il s'amuse à détourner l'iconographie latino, pour la démystifier.




Art ludique et gentiment irrévérencieux, c'est une autre des facettes de cette scène artistique colombienne, qui gagnerait à mieux se faire connaître.




La promenade s'achève sur la place Simon Bolivar, close au sud par le palais présidentiel. Le temps d'y attraper un taxi qui va nous déverser dans les oreilles la soupe habituelle de la FM. Elle est ici sensiblement pire que chez nous (c'est peu dire !). Le marché de la musique tourne en circuit fermé. Sorti du folklore et de la colle variétoche, difficile de faire son trou si on ne fait pas de la muzak ou de la reprise en espagnol de tubes saugrenus. Ainsi depuis le début de séjour me suis-je vu infliger une cover de Hotel California, de Voyage, Voyage (hé ouais...) et de Besame Mucho (qui depuis 40 ans, est l'indétrônable numéro 2 au top des musiques d'ascenceurs juste derrière Girls from Ipanema).

Grande tendance du moment pour le jeune, le reggeatone. Un truc genre ska-reggae, mais en plus irritant.

À propos... vous savez ce que dit un rasta quand il n'a plus rien à fumer ?

... non ?

"C'est quoi cette musique de merde !!!"

OK, je sors.






mercredi 19 septembre 2007

Ce soir, relâche...



... je bulle !


mardi 18 septembre 2007

La Violencia



Voilà peut-être l'une des clefs essentielles pour comprendre (un peu) la Colombie.




Depuis l'indépendance, la vie politique du pays est cadencée par le conflit qui oppose les deux factions historiques, l'une conservatrice et catholique, inspirée par Bolivar (premier président de la République colombienne), l'autre libérale et laïque, portée par les partisans de son premier vice-président (et successeur) Francisco de Paula Santander.




De 1840, date de la mort de ce dernier, à 1978, il n'y aura de place dans le pays pour aucune autre formation politique. Un tel système n'a pu se péréniser sur la seconde moitié du XXème siècle, qu'à cause de la Violencia.




C'est l'assassinat à Bogota, le 9 avril 1948, de Jorge Eliécer Gaitán, le leader libéral, qui va mettre le feu aux poudres. Immédiatement, des émeutes sanglantes éclatent dans la ville. La répression organisée par les conservateurs au pouvoir, va rapidement radicaliser le conflit, qui dégénère en une guerre civile dévastatrice qui durera près de dix ans : La Violencia.

Lugubre dénomination, pour un conflit qui va faire quelques 300 000 victimes, et qui, après un intermède militaire, ne prendra fin qu'en 1957, par l'instauration du Front National.

Enfin décidé à mettre un terme à ce bain de sang généralisé, Conservateurs et Libéraux, vont trouver un accord ubuesque : se partager le pouvoir dans une stricte alternance de quatre années, jusqu'en 1978.




Et de fait, alors que ses voisins (Chili, Argentine, Bolivie...) tombaient un à un sous le joug des dictatures militaires, la Colombie a pu ainsi stabiliser son régime et son économie. Mais, effet pervers, durant vingt ans, le Front National a permis la création d'une élite dirigeante ultra-fermée, népotique, qui se cooptait dans un système quasi dynastique.

Surtout, en ne laissant aucune place pour d'autres formations politiques, le Front National a été plus ou moins directement à l'origine de la fondation des groupes terroristes d'extrême-gauche, dont les FARC-EP (Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia – Ejército del Pueblo, pour Forces armées révolutionnaires de Colombie - armée du peuple) sont les derniers survivants.




De 78 à 91, la Colombie traverse une crise grave du pouvoir qui ne se résolvera que dans l'adoption d'une nouvelle constitution largement progressiste, qui permettra à de nombreux groupes armés de démobiliser et de rejoindre le jeu politique. Une solution que refuseront les FARC, en dépit de l'offre du Président Pastrana, qui leur concède une zone démilitarisée.

Aujourd'hui, la guérilla est une épine dans le pied du pouvoir en place. Même si, avec l'aide militaire des États-Unis, le gouvernement d'Alvaro Uribe , a su renforcer l'assise du pouvoir central, les FARC lui mènent toujours la vie dure. Ils n'ont évidemment plus rien à voir avec le mouvement de guerilla rurale des années 60. Ce ne sont plus, aujourd'hui, et ce en dépit des déclarations de leur chef Raul Reyes, qu'une bande de narcotrafiquants qui ne se soucient guère des populations rurales qu'ils prétendaient défendre à leur création en 1964.

Pour une iconographie pertinente de cette zone sous contrôle des FARC, je vous renvoie à la très belle série de clichés, déjà évoquée, et réalisée par Martin Barzilai, intitulée Massif colombien.




L'une de leurs revendications, notamment, concerne l'obtention d'une zone franche dans le département de Valle del Cauca, où ils font régner la terreur. Son principal intérêt est qu'elle est à la jonction de la cordillère occidentale – celle où se trouve Cali –, et de la cordillère centrale. C'est le point de contrôle d'une vallée qui constitue une des routes de sortie de la cocaïne.

Inacceptable pour Alvaro Uribe, dont il convient de préciser qu'il est largement soupçonné de collusion avec les paramilitaires – grosso modo le pendant d'extrême droite des FARC –. Rien n'a jamais été prouvé, mais nombre de ses plus porches partisans ont eu à rendre des comptes à la justice dans ce sens.




Ce conflit qui dure donc depuis 50 ans, l'ambiance nettement délétère de la vie politique du pays, des pratiques largement discutables dans l'usage du pouvoir, comme certaines prérogatives régaliennes que le président s'est arrogées (ainsi la modification de la constitution qu'il s'est offerte par voix de référendum pour se faire élire une deuxième fois, et qu'il projette de réitérer pour briguer un troisième mandat), sont autant de freins, non pas au développement de la Colombie, comme on l'a vu, mais qui procède d'un esprit quasi féodal. Pas si éloigné que ça, finalement, du schéma historique des sociétés coloniales.

En dépit de cela, on ne peut s'empêcher de ce demander ce que serait ce pays, sans ce handicap, assainit de ces pratiques et ayant crevé l'abcès de violence qui plombe son histoire.


lundi 17 septembre 2007

Au quotidien



Voilà trente cinq ans que la FANA existe. Aujourd'hui située dans le quartier populaire de Suba. Pas vraiment un endroit pauvre. Disons plutôt une sorte d'équivalent local d'un Aubervilliers.




Trente-cinq années, et des centaines de milliers de familles de par le monde, qui témoignent de leur attachement au lieu, dans un insolite hall of fame, où le goût le plus affreusement douteux va de paire avec une sincérité touchante.

Et il est vrai qu'on laisse un peu de nous là-bas. Tout comme, vous l'aurez sans doute compris, la Colombie, à jamais, restera un pays à part pour nous.




Au quotidien, un orphelinat est un monstre à nourrir, largement financé (presque exclusivement en fait), par les dons des associations de parents adoptants.

C'est bien-sûr suivre et s'occuper des enfants. Depuis leur naissance, parfois.




Jusqu'à ce qu'ils s'en aille vers d'autres pays. D'autres bras...




Mais entretemps, c'est leur donner un foyer qu'ils savent devoir quitter un jour. C'est les aimer du mieux possible, sans les laisser s'attacher. C'est les éveiller, et leur donner le meilleur départ possible dans la vie. Et parfois aussi, c'est panser les plaies.




C'est pourquoi, en dépit du côté insupportablement adolescent post-rimbaldien d'une figure de style telle que l'oxymore, c'est presque une triste joie que l'on ressent ici. Partagée entre le bonheur des enfants, et le nécessaire provisoire de ce qui est, pour certains, le premier hâvre de paix qu'ils connaissent.




C'est un drôle de lieu, où l'on vient heureux et dont on repart étrangement grave. Un lieu d'immenses joies passées, dont les fumerolles hantent encore les couloirs, et vous remplissent d'une sorte de langueur.

J'ai fait visiter ce matin à Elias, certains des endroits où il a été durant son bref séjour ici. Sensation presque schizophrène, que de revoir mon fils, revenu là. Et je me demande, évidemment, ce qu'il en est pour lui dans sa caboche de gamin de quatre ans ?


dimanche 16 septembre 2007

Compleaños Feliz



Aujourd'hui, mon fils a quatre ans. Ça occupe bien la journée.

L'occasion qui ne se représentera sans doute pas de si tôt pour lui, de fêter son anniversaire sur la terre qui l'a vu naître.

Du coup, sacrifice obligé aux coutumes locales : piñata, gros goûter plus ou moins improvisé avec tous les enfants de l'hotel et ceux de Michelle.

Thématique Spiderman. Qui a mangé chaud...




... avant de finalement se faire fumer.




Hey... fumer Spidey, y'a de quoi baronner !





Beau temps, on a pu faire ça dehors. Tant mieux, parce que ce matin, il faisait un temps à ne pas mettre un chien dehors...





En dehors de ça, l'assimilation frère-sœur se poursuit sans problème...